2 décembre 2016

Reproduction, une traduction qui met en lumière l'essentiel

Un historien de l'art, Charles Blanc (1813-1882), disait du graveur Marcantonio Raimondi :

"Il conçoit (la gravure) comme une traduction concise qui met en lumière l'essentiel (...)"


TRADUCTION ET INTERPRÉTATION DES OEUVRES D'ART

Par cette description du travail d'un graveur qu'il apprécie tout particulièrement, il donne une bonne définition du métier de fabricant de reproductions. C'est un travail de traduction et comme tout travail de traduction de texte, elle ne sera jamais parfaite, jamais exactement identique au texte original et inclue toujours une dimension d'interprétation propre à la personne qui fait la traduction.

Ensuite, le travail du traducteur est de chercher la plus grande fidélité, but ultime qui ne peut être atteint. Toutefois, son travail peut être considéré comme une réussite dès lors que l'essentiel est bien rendu, même s'il peut s'arranger avec certains détails à sa convenance. Il peut souhaiter modifier certains aspects de l'oeuvre pour un rendu plus esthétique, aux yeux du graveur.

Cette interprétation n'est pas uniquement "volontaire". Elle est surtout le résultat de la sensibilité du graveur autrefois, ou de l'infographie d'aujourd'hui. Dans son ouvrage L’Art et l’illusion, l’historien de l’art Ernst H. Gombrich (1909-2001) exprime clairement cette notion d’interprétation inconsciente que développe le graveur durant son travail de retranscription. Il compare ainsi une lithographie de la cathédrale de Chartres réalisée en 1836 par Robert Garland avec un cliché photographique du XXe siècle, et montre comment l’artiste, malgré une grande habilité et une finesse importante des détails, transforme la réalité observée : « Mais en fin de compte, il ne parvient pas lui non plus à s’affranchir des servitudes imposées par ses préférences personnelles et par le point de vue de son époque. [...] Ainsi, considère-t- il Chartres comme un ensemble gothique, avec des arcs en ogive, et il déforme les baies romanes de plein cintre de la façade ouest...18 ». 


VERS UNE ÉTUDE SCIENTIFIQUE DES OEUVRES D'ART GRÂCE À LA PHOTO


Cette liberté d'interprétation des oeuvres s'est peu à peu réduite avec l'apparition de la photographie, qui permettait un rendu plus réelle de l'oeuvre originale, plus objective.

L’historien de l’art français Émile Mâle (1862-1954) écrit : 

« On peut dire que l’histoire de l’art, qui était jusque-là la passion de quelques curieux, n’est devenue une science que depuis que la photographie existe. [...] La photographie a affranchi en partie l’œuvre d’art des fatalités qui pèsent sur elle, de la distance, de l’immobilité. La photographie a permis de comparer, c’est-à-dire de faire une science...». 

En effet, le recours à l’outil photographique a profondément contribué à la transformation de l’histoire de l’art en une discipline scientifique. Ainsi, parce qu'elle a permis une meilleure diffusion des oeuvres d'art, la photographie a permis le développement de cette science. Les oeuvres d'art sont devenues accessibles au plus grand nombre, avec une fidélité suffisante pour que l'essentiel soit reproduit.

L'avénement de la photographie annonce-t-il la fin de la dimension d'interprétation lors de la reproduction des oeuvres d'art ?


VERS LA FIN DE L'INTERPRÉTATION DES OEUVRES ORIGINALES ?

Mais bien que les photographies soit venues supplanter les reproductions photographiques, le travail des infographies actuels contient toujours cette dimension d'interprétation, puisqu'ils ont à leur disposition tous les outils nécessaires au traitement des images : contours, détails, couleurs... Les possibilités d'interprétation ne manquent pas.

Dans un article précédent sur ce blog (article sur l'impression numérique au service de l'art), je détaillais le travail de nos infographies / artistes de l'image d'art. Ils interviennent surtout à la deuxième étape de la fabrication des reproductions de tableaux.

Les 3 étapes de réalisation d'une oeuvre d'art :

  1. étape n°1 : La capture de l'image
  2. étape n°2 : Le traitement de l'image
  3. étape n°3 : L'impression de l'image

Chaque étape est en soit un art afin d'aboutir à une reproduction fidèle :

  • l'art du photographe, 
  • l'art de l'infographie, 
  • l'art de l'imprimeur.
Comme nos infographies n'ont pas les oeuvres originales sous les yeux, un travail d'interprétation s'impose. Ils regardent les ouvrages d'art, comparent entre elles les images et les couleurs d'un même tableau, corrigent certains défauts de la photo...


Ainsi, que ce soit en vue directe de l'originale ou par l'entremise de l'objectif d'une caméra, la reproduction ne peut échapper à l'interprétation. C'est en cela que l'on peut dire que la reproduction est un art.